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Enjeux de la rénovation énergétique dans le bâti ancien

Force est de constater l’étendue des contraintes, tant matérielles, financières, humaines que législatives qui entourent la rénovation énergétique dans le domaine très vaste qu’est le bâti ancien.

Une définition du bâtiment ancien

Tout d'abord, un logement ancien peut aussi bien être une maison qu’un appartement situé dans un immeuble collectif. Pour être ancien, le logement doit avoir fait l’objet d’une mutation et ce, quelle que soit la date de sa construction. Le transfert de propriété peut avoir lieu à la suite d’une vente, d’une donation ou encore d’une succession. Mais le logement ancien désigne également un bien immobilier construit il y a plus de 5 ans. Pour l’administration fiscale, si un logement a déjà été vendu une fois ou occupé, il est alors considéré comme ancien.

Le grand écart des principes constructifs au sein du bâti ancien

On ne peut envisager une rénovation thermique sur une maison de campagne, individuelle construite en Pisé, comme celle d’un immeuble Haussmannien le long d’une grande artère Parisienne ou pour une maison à pans de bois, typique du centre-ville Morlaisien.

Nous pouvons améliorer la performance thermique du bâti ancien sans le dénaturer, cependant, il n'existe pas de recette standard. L'intervention doit être précédée d'une phase de diagnostic des caractéristiques du bâtiment. Il faut que l'approche soit précise et épaulée par des simulations thermiques dynamiques, le calcul du point de rosée, etc. Elle nécessite des capacités d'analyse, mais aussi de conception.

La disparité de mode constructifs, entraine une foultitude de solutions, il faudra se référer aux professionnels comme les architectes du patrimoine et leurs confrères des bâtiments de France pour renforcer notre savoir tant législatif que structurel.

Il est d’ores et déjà acquis que le bâti ancien requiert une véritable expertise.

Par ma fonction d’expert technique immobilier, j’ai pu constater que certaines rénovations menées ces trente dernières années, ce sont avérées être désastreuses : que ce soit par l'application de laine minérale sur des bois de charpente dans les combles ou d'enduits de ciment sur des murs de pierre, générant des pathologies lourdes et coûteuses. Cela tient à une méconnaissance de la compatibilité des matériaux de rénovation employés avec le comportement des structures anciennes. C'est le cas, par exemple, de l'utilisation encore trop fréquente du ciment, quasi-étanche, pour enduire ou rejointoyer des maçonneries en pierre de taille ou de moellon.

Quelles solutions de rénovations énergétiques pour le bâti ancien

En ce qui concerne l'enveloppe d'un bâtiment existant, il faut chercher à identifier les zones de déperditions thermiques les plus sensibles, les façades principales, en particulier, certaines à pans de bois possédant des allèges des fenêtres, souvent très fines. Parmi les solutions possibles, la création et la mise place de doubles fenêtres avec l’ajout de menuiseries intérieures performantes en complément des menuiseries d'origine - un dispositif employé depuis longtemps dans certains pays. Et puis bien sûr, indépendamment d'une éventuelle réfection de couverture, il faut donner la priorité à l'isolation des combles - des rampants, mais également des planchers si les combles ne sont pas occupés.

L'isolation d'une structure induit une modification sensible de son milieu, or les structures traditionnelles (pierre, pans de bois, pisé…) sont sensibles aux échanges gazeux et à l'humidité.

En tant qu’expert technique, je constate malheureusement un manque d’utilisation de matériaux perspirants, aptes à gérer les transferts de vapeur d'eau et stables à l'humidité. Mais des produits « biosourcés » tels que la ouate de cellulose ou les « laine de bois » ou « laine de chanvre », à condition d'être bien mis en œuvre, procurent aux bois de charpente un environnement sain, le préservant des effets du confinement. L'isolant peut aussi contribuer de façon sensible au confort hygrométrique d'un bâtiment.

Un manque crucial d’utilisation des matériaux « biosourcés » au cœur de la rénovation énergétique des bâtiments anciens

Un grand nombre d’architectes et d’entreprises sont formés pour construire du neuf, et n’ont que peu ou pas assez de connaissance du bâti ancien et de ses spécificités techniques, notamment thermiques.

 Sans expérience prolongée et une expertise précise, des prescripteurs peu familiers du sujet vont recourir le plus souvent aux solutions industrialisées que leur proposent les bibliothèques numériques de produits… De même, les distributeurs proposent d'abord les produits destinés à la construction neuve plutôt que des références plus confidentielles, de type chaux aérienne ou isolants en laine de bois, ouate de cellulose, liège, chanvre… La logique économique tend à promouvoir certaines solutions, au détriment d'autres, pourtant éprouvées, mais pas forcément soutenues par une filière… ll faut développer la connaissance des matériaux et des techniques de mises en œuvre traditionnelles.

C’est là, que l’appui de l’expert techniques immobiliers, par ses connaissances et son passif apporte, tant aux prescripteurs, aux donneurs d’ordres et aux maitres d’ouvrage, est légitimé.

Un charpentier, un couvreur, ou un tailleur de pierre, sont des artisans dont le savoir et les expériences sont vitales pour la pérennisation du patrimoine bâti. Ceux sont des « sachants », des experts dans leur domaine et leurs analyses doivent être entendues et reconnues.

Pérenniser un bien patrimonial

Pour Tyeko une rénovation énergétique d’un immeuble à caractère patrimonial doit obligatoirement se concevoir dans son ensemble. Cette opération ne doit pas se mener à la va-vite et doit s’appuyer sur les compétences des « sachants ».

Il n’y pas de recette facile ou standard, chaque étude doit être unique afin de bien sélectionner les entreprises, les matériaux, et le résultat souhaité pour cette rénovation et ainsi faire perdurer le bien dans le temps et la durée.