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[Fiche technique] Des moisissures et des champignons dans mon habitation ?

Les champignons, les moisissures et le salpêtre, les mauvaises odeurs de moisi ou de renfermé, sont la conséquence de la présence d'humidité dans une maison.

Le taux d'humidité dans une maison saine se situe entre 45 à 65 %.

Les moisissures sont des champignons microscopiques présents naturellement sur la matière organique morte et en décomposition, ainsi que dans le sol. Elles pénètrent dans les bâtiments via les portes et fenêtres, les systèmes de ventilation, les occupants (vêtements, chaussures, etc.), ou encore les animaux, sous la forme de spores. Dans des conditions propices à leur développement, en termes d’humidité et de nutriments, ces spores peuvent donner naissance à des structures porteuses de millions de nouvelles spores. Ces contaminations microbiologiques de couleurs diverses sont visibles à l’œil nu en 48 à 72 h. (Source : ADEME)

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Les effets allergisants, toxiques et infectieux des moisissures sur la santé humaine sont documentés. Le niveau de preuve varie, cependant, largement selon les pathologies et le type d’étude. Parfois, le rôle des moisissures n’a été démontré que comme promoteur de la maladie. Les moisissures et autres champignons, présents dans le logement peuvent accroître des maladies comme l’asthme, les bronchites, les rhinites, les conjonctivites et autres sinusites.

L’humidité, source de la prolifération des moisissures

Les sources d'humidité peuvent être classées en trois catégories :

  1. L'eau issue du sol des fondations pour laquelle trois origines sont soupçonnées :
    • La nappe phréatique
    • Les eaux d'infiltration
    • La fuite des canalisations enterrées
  2. L'eau en élévation (ou hors sol) qui peut avoir trois origines :
    • L'eau de construction
    • Les intempéries
    • Les canalisations avec les fuites d'une canalisation sous pression, entre robinet et receveur ou au niveau des évacuations
  3. L'eau contenue dans l'air, les condensations.

Dans les bâtiments, les occupants au travers de leur métabolisme et de leurs activités constituent la principale source de vapeur d'eau. Le tableau ci-dessous indique les quantités d'eau produites par les occupants et certaines activités domestiques.

Sources Quantité d'eau émise
Personne au repos 40 g/h.pers - 30 à 60 g/h pers.
Occupant actif 80 g/h.pers - 50 à 250 g/h pers.
Lessive, toilette, cuisine (4 pers.) 2 à 8 g/h.m3  - 1,6 à 8 g/h.m3
Séchage de la lessive 1,4 à 2,1 l/j - 0,5 à 1,8 l/j
Total des apports journaliers d'un logement de 67 m2 et 174 m3 occupé 15h/jour par 4 pers.  10 à 25 kg/jour - 8 à 35kg/jour

La suroccupation des locaux a une incidence directe sur toutes les sources de vapeur d'eau, de même que la présence d’un aquarium, de plantes vertes en grande quantité, donc d’arrosages important. Un sèche-linge, mal ou non raccordé sur l’extérieur ou encore le fait de l’absence d’un local de séchage sont des facteurs d’augmentation du taux d’humidité à l’intérieur des immeubles d’habitation.

Au contact de surfaces froides, souvent des angles de murs en contact avec l’extérieur, dont la température est inférieure au point de rosée, l'eau contenue dans l'air va se condenser. On distingue deux types de condensation :

  • superficielle lorsqu'elle apparaît en surface, (sur les carreaux de faïence, un miroir…)
  • dans la masse, lorsqu'elle se produit dans la matrice du produit. Ce dernier phénomène se produit au sein des matériaux poreux et est fonction du transfert de chaleur et de vapeur d'eau à travers la paroi. (preuves flagrantes sur les plâtres et les terres cuites)

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Dans les environnements intérieurs, la plupart des matériaux de construction et de décoration constituent des supports de choix pour la croissance des moisissures, dès lors que ces microorganismes disposent de conditions environnementales favorables, notamment une teneur en eau supérieure à soit 70%, les nutriments nécessaires au microorganisme étant fournis par le matériau lui-même ou par son encrassement.

La sensation d’humidité dans le logement

Cette sensation est souvent ressentie dans les maisons laissées fermées pendant une longue période (l’hiver par exemple pour une résidence secondaire). Si elle est perçue dans un logement habité en permanence, elle est le signe évident d’une ventilation insuffisante et à ce titre, devient un indicateur de risque d’insalubrité. Ce ressenti d’humidité peut être un signal d’alerte d’un dégât des eaux non décelé (fuite d’eau en sous-sol, inondation, …) et doit donc être considéré avec attention.

L’humidité est, l’un des principaux facteurs qui favorisent le développement de moisissures sur/dans les supports qui leur sont offerts. L’examen technique du logement et de ses annexes (vide sanitaire, caves, sous-sol, …) permettra de l’évaluer d’une manière objective. L’environnement immédiat peut également être à l’origine de ce ressenti en raison de l’imprégnation chronique des murs (par exemple écoulement des eaux superficielles perturbé par des contre-pentes, pierres apparentes suintantes, …).

L’odeur dans le logement

En entrant dans un logement contaminé d’une manière massive et extensive par des moisissures, nous pouvons ressentir une odeur intense de moisi qui disparaîtra après un séjour de quelques minutes dans l’habitat par effet de masque. Souvent considérée comme une détérioration du confort offert aux usagers, l’odeur de moisi de l’ambiance intérieure, des vêtements,… est évidemment désagréable. Fréquemment corollaire du ressenti d’humidité, elle est aussi à ce titre un indicateur de risque d’insalubrité. Elle permet également de suspecter une infestation par des moisissures peu visibles (à l'arrière de meubles, sous un matelas, …).

L’étendue de la contamination

Il semble évident a priori que le risque sanitaire grandit avec l’importance de la contamination. Un joint de baignoire noirci n’est pas une cause d’insalubrité, de même que des affleurements de salpêtre dans un garage ou des points de moisissures sous une fenêtre. Des mesures de surfaces contaminées sont assez simples à effectuer et facilement compréhensibles par tous, en témoigne le tableau ci-dessous.

 

Surface contaminée Evaluation
< 0,3 m2 Faible contamination
0,3 m2 - 3 m2 Contamination moyenne
> 3 m2 Contamination forte

A cette prise en compte de la surface contaminée, viendront s’ajouter les critères suivants :

  • Les caractéristiques qualitatives et leur potentialités allergènes.
  • La localisation de la contamination.
  • La durée d’exposition à ces moisissures.
  • L’immunodéficience des personnes exposées.

Quelles remédiations face aux moisissures et champignons ?

Les deux premier points importants pour éviter les problèmes d’insalubrité dus aux moisissures sont une lutte contre l’humidité et une ventilation adéquate.

Il faut lutter contre l’humidité dès la construction du bien. Précisons seulement qu’il s’agit de protéger le logement contre l’eau venue de l’extérieur et/ou émise à l’intérieur. Le choix des matériaux n’est pas sans incidence sur le devenir de l’état sanitaire de l’habitat, car, en cas de problème, les matériaux peuvent être favorables au développement mycélien (base de cellulose) ou difficilement nettoyables en raison de leur porosité (pierre naturelle, plâtre, enduit structuré, papier peint, …).

Le troisième point important est l’utilisation que font les usagers des immeubles d’habitation qui est également importante pour le maintien de bonnes conditions d’habitabilité : les lois sur les économies d’énergie trop bien respectées ont eu pour effets pervers d’engager les habitants à étanchéifier de mieux en mieux leurs logements : en corollaire, la ventilation autrefois trop importante (larges fuites au niveau des ouvrants en particulier) a subi une diminution drastique. Or les quantités de vapeur d’eau émises selon les activités ne sont pas négligeables : mal éliminées par un renouvellement de l’air insuffisant, elles entraînent une augmentation de l’humidité intérieure (ambiance et supports) et offrent les conditions favorables au développement des moisissures.

 Le rappel des simples règles de bon sens peut suffire à maintenir le développement de moisissures à un niveau acceptable pour la santé et le confort.

Stopper la contamination, comment se débarrasser de ces moisissures ?

Les moisissures qu’il convient d’éliminer des matériaux sont des microorganismes vivants et autonomes constitués de mycélium et de spores. Le mycélium s’incruste plus ou moins profondément dans l’épaisseur du matériau contaminé en fonction de la nature de celui-ci. Le plâtre et le bois sont susceptibles d’être contaminés en profondeur, les traitements de surface n’auront alors qu’une efficacité illusoire et non pérenne.

Il conviendra donc de faire appel à des entreprises agrées et spécialisées dans la remédiation de cette contamination. Ces entreprises agissent suivant des protocoles bien définis, visant à protéger les personnes durant les travaux, des locataires, aux techniciens opérant sur site. L’environnement proche sera également protégé, ainsi que l’évacuation des déchets de chantier.

Utilisation de produits fongicides

L’utilisation d’une solution d’hypochlorite de sodium, la fameuse eau de Javel, est la plus simple, la plus courante et la moins onéreuse. Toutefois, son utilisation doit être contrôlée et nécessite quelques précautions d’usage :

  • C’est un fongicide selon la norme EN 1275, donc un produit à utiliser obligatoirement suivant la notice du fabriquant.
  • Comme tous produits chimiques, porter des protections individuelles lors de son utilisation (gants et lunettes de protection).
  • L’eau de Javel s’utilise en dilution dans de l’eau froide, dans une eau chaude, plus de 20°c elle perd rapidement de son efficacité antifongique.
  • L’eau de Javel concentrée (berlingot) ne se conserve que trois mois (date sur emballage).
  • Mise en garde : ne jamais mélanger l’eau de Javel avec des produits ammoniaqués, ni avec des produits acides (dégagements toxiques).
  • Ne pas rejeter dans la nature !

Une inspection régulière est recommandée pour confirmer l’efficacité des travaux de décontamination. La raison de l’accumulation d’eau doit être trouvée et le problème rectifié.

Tant que l'humidité des supports persistera, les développements fongiques réapparaîtront.

A éviter

  • Solutions à court terme qui ne procurent qu’une aide temporaire : camouflages sans traitement par de la peinture ou la pose d’une bâche ou de cartons…
  • Les solutions de court terme utilisées pour le long terme : installation de déshumidificateurs, la ou les causes de l’humidité excessive doivent être recherchées et corrigées
  • Opérations de nettoyage effectuées par des personnes « sensibles »

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En cas de doutes, surtout ne pas se priver de l’avis d’un expert indépendant, il saura vous conseiller dans la marche à suivre. Prendre soin de son logement, c’est prendre soin de soi !